Que garderez-vous de votre Carême ?


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Le Carême a commencé… mais vers quoi marchons-nous ?

› Le Carême a commencé il y a quelques jours. Sans doute avez-vous déjà pris certaines résolutions : un temps de prière plus fidèle, un jeûne plus sérieux, un effort particulier de charité. C’est une très bonne chose, pour vivre ce temps de conversion. Et il est heureux que ce temps liturgique retrouve aujourd’hui une véritable intensité. On sent, dans de nombreux milieux chrétiens, le désir de redonner au Carême sa force, sa cohérence et sa fécondité spirituelle.

Pourtant, au-delà des bonnes résolutions, une question plus profonde mérite d’être posée dès le commencement : que voulons-nous réellement voir changer en nous ? Et surtout, que souhaitons-nous garder lorsque ces quarante jours auront pris fin ? Car il ne s’agit pas seulement de bien commencer le Carême ; il s’agit de savoir vers quoi nous marchons durablement.

Un renouveau louable… et un petit risque

Il serait injuste de ne pas reconnaître le renouveau actuel autour du Carême. Les propositions abondent de tous côtés : parcours structurés, méditations quotidiennes, engagements concrets, défis de jeûne ou de sobriété. Cette vitalité est une bonne nouvelle. Elle manifeste une soif d’authenticité et un refus de la tiédeur. Elle montre un profond désir de se réapproprier ce temps qui a pu sembler s’être affadi par le passé.

Cependant, au milieu de cet élan louable, un risque discret peut apparaître. À force de multiplier les propositions, le Carême peut parfois prendre l’allure d’un programme sportif spirituel. On établit un plan précis, on accumule les efforts, on se fixe des objectifs ambitieux. La générosité est réelle, mais l’on ne se demande pas toujours, dès le départ, quel en est le but profond et ce que nous voulons vraiment changer dans notre vie.

Il arrive alors que l’accent soit mis principalement sur la pratique : faire davantage, renoncer davantage, s’imposer davantage. On a juste en tête l’objectif très général de la conversion. Or si l’on ne clarifie pas l’intention intérieure, ces efforts risquent de devenir une succession d’actions sans véritable unité. On peut traverser quarante jours très occupés spirituellement, et pourtant demeurer intérieurement inchangé. Ce n’est pas la quantité des pratiques qui transforme le cœur, mais la direction vers laquelle elles nous orientent.

Il y a une question à se poser avant de choisir des actions de carême : pour moi, la conversion, ça veut dire changer quoi concrètement dans ma vie ? Il s’agit de passer de l’objectif général à un objectif personnel, proche et concret ; de quitter la simple pratique religieuse pour entrer dans une véritable pratique spirituelle du cœur.

Le jeûne qui plaît à Dieu

On connaît bien les risques de la pratique extérieure. Le prophète Isaïe rapportait déjà cette parole exigeante du Seigneur : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas de délier les chaînes injustes, de partager ton pain avec celui qui a faim, de ne pas te dérober à ton semblable ? » (cf. Is 58). Cette interpellation ne condamne pas le jeûne en tant que tel ; elle en révèle la finalité.

Le jeûne, la prière et le partage ne sont pas des exercices destinés à prouver notre sérieux religieux. Ils sont des chemins pour élargir le cœur. Ils devraient nous rendre plus attentifs à la souffrance d’autrui, plus disponibles, plus patients, plus vrais. Autrement dit, ils devraient nous conduire vers une charité plus concrète.

Si nos privations ne nous rendent pas plus fraternels, si nos temps de prière ne nous adoucissent pas, si nos efforts n’ouvrent pas davantage notre regard, alors il est légitime de s’interroger. Le Carême ne consiste pas à nous mesurer à nous-mêmes, mais à nous laisser convertir.

Du faire à l’être

Il est relativement facile d’ajouter des pratiques à son emploi du temps pendant quelques semaines. Il est plus difficile de laisser Dieu toucher ce qui, en nous, résiste à l’amour. Or la conversion chrétienne ne se situe pas d’abord au niveau du faire, mais de l’être. Personne n’est dupe : cela ne se fait ni facilement ni en un seul Carême, aussi fervent soit-il. Mais si c’est vraiment ce qu’on veut, des points de vigilance s’imposent.

On peut accomplir de nombreuses actions religieuses sans que l’identité profonde soit transformée. Pourtant, le but du Carême est précisément d’opérer ce passage : non pas multiplier les œuvres, mais devenir progressivement plus ajusté à l’Évangile. Il ne s’agit pas tant d’intensifier l’activité spirituelle que de laisser grandir en soi une manière nouvelle d’aimer.

Cette transformation ne se produit pas  par une accumulation, mais à partir d’un choix clair. Elle suppose que l’on identifie ce qui, en nous, demande réellement à être converti. Et de choisir des actions vraiment adaptées à ces changements. Sans cela, le Carême risque de demeurer extérieur à notre cœur. L’Esprit Saint agit dans le concret de nos vies : il respecte et soutient notre liberté, il féconde notre bonne volonté sans jamais s’y substituer.

Deux ou trois pas… mais décisifs

Peut-être vaut-il mieux discerner deux ou trois points précis, plutôt que de s’engager dans une multitude de résolutions. Non pas par manque de générosité, mais par souci de vérité. Une décision bien ciblée, assumée avec constance, objet de toute notre attention et de notre prière, peut produire un fruit durable.

Il peut s’agir d’une relation à apaiser, d’une parole à surveiller, d’un pardon à offrir, d’un temps de prière à stabiliser, d’un attachement à purifier, d’attitudes à changer. L’essentiel est que ces démarches soient orientées vers un véritable changement intérieur. Elles doivent avoir un but clair : grandir dans l’amour de Dieu et dans l’amour des autres.

Un Carême bien vécu n’est pas nécessairement celui qui multiplie les sacrifices visibles, mais celui qui permet une croissance réelle, même discrète. Peu d’efforts, mais des efforts ajustés. Peu de résolutions, mais des résolutions qui transforment l’être. C’est là que la grâce peut se déployer.

La seule question qui compte

À la fin du Carême, une question devrait pouvoir être posée en vérité : suis-je devenu un peu plus capable d’aimer ? Non pas ai-je tout réussi, mais ai-je laissé Dieu me façonner ? Suis-je plus libre, plus patient, plus attentif ? Ai-je grandi, ne serait-ce qu’un peu, dans cette identité de fils ou de fille de Dieu ? Est-ce que ce changement va pouvoir durer ?

Si rien ne demeure après Pâques, si tout retombe comme une parenthèse refermée, il est possible que nous ayons vécu un temps intense mais sans enracinement. En revanche, si une habitude bonne s’installe, si une dureté s’adoucit, si une prière devient plus stable, alors le Carême a porté du fruit.

Un Carême qui dure

Le Carême n’est pas une parenthèse ascétique destinée à être refermée le jour de Pâques. Il est un passage. Il prépare à une vie renouvelée, appelée à se déployer bien au-delà des quarante jours. Les efforts qu’il comporte ont pour but d’ouvrir un espace où la grâce peut travailler en profondeur.

Que garderez-vous de votre Carême ? Peut-être une résolution simple, mais devenue stable. Ou bien une attention nouvelle aux autres, inscrite dans le quotidien. Ou encore une fidélité plus humble à Dieu, mais plus solide. Le véritable enjeu n’est pas de réussir un programme spirituel, mais de laisser naître en soi une charité plus vraie. Car c’est elle seule qui demeure.

Pour accompagner votre carême, redécouvrez la prière selon la Bible.


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