Quelle est la signification de la Chandeleur ?
› Chaque année, le 2 février, on fait sauter joyeusement des crêpes qui régalent petits et grands. Mais aussi, on allume parfois des bougies. On vit ainsi la Chandeleur comme une fête conviviale et lumineuse. Mais derrière cette tradition populaire se trouve une fête spirituelle enracinée dans la Bible, et toujours actuelle.
La Chandeleur est d’abord une fête chrétienne qui célèbre la Présentation de Jésus au Temple, quarante jours après Noël. Elle proclame que le Christ est la Lumière venue éclairer le monde, et elle invite chacun à accueillir cette lumière dans sa propre vie.
Pourquoi des crêpes alors ? Et pourquoi les chandelles ? Mais surtout : que peut encore nous dire cette fête aujourd’hui, au cœur de nos existences souvent traversées par l’attente, l’incertitude et le désir de sens ?

Origine de la Chandeleur : une fête de la lumière
Le mot Chandeleur vient du latin festa candelarum, « fête des chandelles ». Dès les premiers siècles, les chrétiens organisent ce jour-là des processions avec des cierges bénis, en référence au Christ, lumière des nations.
Mais cette fête s’inscrit aussi dans un contexte plus ancien. Dans l’Antiquité, à cette période de l’année, plusieurs peuples célébraient déjà le retour progressif de la lumière après l’hiver. Feux, torches et rites de purification accompagnaient la sortie symbolique des ténèbres. (Des détails historiques supplémentaires se trouvent en fin de l’article.)
Le christianisme n’a pas simplement repris ces traditions : il les a transfigurées et accomplies. La lumière n’est plus seulement cosmique ou saisonnière ; elle devient autant universelle que personnelle. Elle est aussi éclatante que fragile. D’ailleurs, elle prend un visage. Elle est un enfant porté dans les bras de ses parents, présenté au Temple, reconnu comme salut du monde. Et c’est la plus belle chose qui soit. Qui ne verrait pas la lumière dans le regard d’un enfant ?
La Présentation de Jésus au Temple : cœur spirituel de la Chandeleur
Selon la Loi juive, quarante jours après la naissance d’un fils, les parents devaient se rendre au Temple pour accomplir un rite de purification (Purification de Marie) et consacrer leur premier-né au Seigneur (cf. Lv 12 ; Ex 13). Marie et Joseph obéissent humblement à cette loi et présentent Jésus à Jérusalem.
C’est là qu’ils rencontrent Syméon, un homme juste et patient, un prophète, qui attend depuis longtemps l’accomplissement des promesses de Dieu. En prenant l’enfant dans ses bras, il prononce cette parole de foi devenue célèbre : « Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël, ton peuple. » (Lc 2, 30-32)
Avec Syméon, la longue attente est reconnue comme finie. La lumière n’est plus seulement espérée : elle est reconnue et accueillie. La Chandeleur est ainsi la fête de la rencontre entre la promesse et son accomplissement, entre l’espérance humaine et la fidélité de Dieu. Cette fête célèbre l’espérance du salut qui se réalise pour le monde entier.
Pourquoi des chandelles à la Chandeleur ?
La tradition ancienne de bénir et de porter des cierges ce jour-là vient directement de ce passage de l’Évangile. Le Christ est proclamé Lumière du monde, et les fidèles portent cette lumière dans leurs mains, comme un signe visible de leur foi. Eux aussi, comme Syméon, veulent porter et accueillir cette lumière fragile, jusque dans leur cœur.
Mais le geste est aussi profondément symbolique. Porter une bougie dans la nuit, c’est affirmer que l’obscurité n’a pas le dernier mot. C’est croire qu’une lumière faible peut pourtant traverser les ténèbres. On manifeste une espérance forte. Et on prend conscience qu’on est soi-même porteur de clarté pour d’autres, témoin de la Lumière.
La Chandeleur n’est donc pas seulement une fête dont on est spectateur. C’est une fête que l’on habite, en laissant la lumière du Christ traverser nos propres zones d’ombre, d’attente ou de fatigue intérieure. Elle nous rend acteurs, propagateurs de la Lumière.
La Chandeleur : une fête de l’attente accomplie
Ce qui frappe dans l’Évangile de la Chandeleur, ce n’est pas seulement la figure de Jésus enfant, mais celle de Syméon et d’Anne. Ils sont deux vieillards habités par l’attente, la fidélité et la persévérance silencieuse. Ils ont su attendre dans l’espérance.
La Chandeleur est ainsi une fête pour tous ceux qui cheminent dans l’ombre, dans la patience, dans l’espérance parfois fragile. Elle rappelle que Dieu ne méprise pas les longues attentes, les vies discrètes, les fidélités invisibles. Et qu’un jour, sans fracas, la promesse devient présence. Dieu peut surgir dans toute vie !
Elle nous apprend aussi que la lumière ne s’impose pas. Celle-ci se donne sous la forme d’un enfant. Elle demande à être portée, reconnue, accueillie. Pour cela, il faut un cœur ouvert et attentif. Car « on ne voit bien qu’avec le cœur ».
Mais pourquoi mange-t-on des crêpes à la Chandeleur ?
À côté de sa dimension spirituelle, la Chandeleur est aussi devenue une fête populaire et gourmande. Mais pourquoi associe-t-on cette journée aux crêpes ?
Selon une tradition ancienne, le pape Gélase Ier (Ve siècle) aurait fait distribuer des galettes aux pèlerins venus à Rome pour célébrer la fête. Ce geste d’hospitalité envers les pèlerins fatigués aurait contribué à ancrer cette coutume dans la culture chrétienne.
Par ailleurs, dans les campagnes, la Chandeleur marquait aussi un moment charnière de l’année agricole : on utilisait la farine restante de l’hiver en espérant une nouvelle récolte abondante. La crêpe devenait ainsi un signe de confiance dans l’avenir.
Et puis, difficile pour un chrétien de ne pas y voir une symbolique plus profonde. Ronde, dorée, lumineuse, la crêpe évoque le soleil renaissant, image ancienne du Christ, « Soleil levant qui vient nous visiter » (Lc 1, 78). Sans le savoir, peut-être, nous mangeons ce jour-là une petite parabole de lumière divine.
Et sans doute n’est-ce pas par hasard que beaucoup de traditions chrétiennes utilisent une galette ou un pain rond pour commémorer la Cène. Cette forme est elle-même un signe, une autre façon de se rappeler que le Christ se donne en nourriture.
Vivre la Chandeleur aujourd’hui : quelques idées simples
La Chandeleur peut devenir un vrai temps spirituel, même très simplement :
- Allumer une bougie chez soi et relire le cantique de Syméon (Lc 2, 29-32)
- Confier à Dieu ses attentes longues, ses espérances fatiguées
- Partager des crêpes en famille ou entre amis comme un signe de lumière et de joie
- Se demander personnellement : où ai-je besoin de laisser entrer davantage de clarté dans ma vie ? Qu’est-ce que le Christ doit venir illuminer dans ma vie ?
Car la Chandeleur n’est pas une fête du passé. Elle est une invitation toujours actuelle : croire que, même dans l’hiver de nos existences, une lumière est déjà à l’œuvre. Discrète, fidèle, inextinguible, elle est la Lumière du Christ qui éclaire tout homme.
Précisions historiques
Chez les Romains, on célébrait les Lupercales ainsi que les Feralia, fêtes en l’honneur des défunts, durant lesquelles des torches étaient allumées pour éloigner les ténèbres. Une autre célébration, les « Amburbiales », consistait en des processions aux flambeaux pour purifier la ville et invoquer la protection des dieux.
De même, chez les Celtes, la fête d’Imbolc, dédiée à la déesse Brigid, marquait le retour de la lumière et annonçait la fin de l’hiver.
Avec l’essor du christianisme, ces traditions ont été christianisées, et la Chandeleur est devenue la fête de la Présentation de Jésus au Temple, symbolisée par la bénédiction et la procession aux chandelles.
Voir aussi sur Aleteia Les origines bibliques de la Chandeleur.
Une anecdote
Une coutume (un peu superstitieuse !) veut qu’en faisant sauter la première crêpe avec une pièce d’or dans l’autre main, on s’assurait prospérité pour l’année !
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